
Entre 1961 et 1984, l'Union soviétique a mené l'un des programmes d'exploration planétaire les plus audacieux de l'histoire, envoyé une série de sondes automatiques vers Vénus, la planète sœur de la Terre.
Baptisé Venera (Vénus en Russe), ce programme visait à percer les mystères de l'atmosphère la plus dense du Système solaire et à atteindre la surface de cette planète hostile où règnent des températures supérieures à 450 °C et des pressions écrasantes dépassant 90 atmosphères.
Au fil de missions souvent périlleuses, les scientifiques soviétiques ont accompli des premières historiques dans l'exploration spatiale, depuis la première entrée dans l'atmosphère d'un autre monde jusqu'à l'obtention d'images et de données scientifiques à la surface de Vénus.
Le contexte du début des années 1960 était celui de la course à l'espace entre les États-Unis et l'Union soviétique. Après les succès du programme Luna autour de la Lune, les ingénieurs soviétiques, sous la direction initiale de Sergueï Korolev, ont tourné leur regard vers Vénus, considérée comme un objectif accessible en raison de sa proximité relative à la Terre.
Conçues pour étudier l'atmosphère, la surface et les caractéristiques physico-chimiques de la planète, les sondes Venera utilisaient des architectures robustes, adaptées aux conditions extrêmes qui attendraient tout engin tentant d'y survivre. Malgré de nombreuses pertes de contact et échecs initiaux, l'amélioration progressive des technologies embarquées a conduit à des succès spectaculaires qui ont profondément enrichi la connaissance de Vénus.
La mission inaugurale du programme, Venera 1, fut lancée le 12 février 1961. Elle représentait le premier vol interplanétaire soviétique et tenta un survol de Vénus, mais les communications radio furent perdues une semaine seulement après le lancement alors que la sonde se dirigeait vers la planète.
Néanmoins, Venera 1 devint le premier engin construit par l'homme à s'approcher à proximité de Vénus en mai 1961, à moins de 100 000 km de celle-ci, posant les bases techniques des futures missions interplanétaires.
Quatre ans après Venera 1, deux nouvelles sondes, Venera 2 et Venera 3, furent lancées en novembre 1965. Venera 2 dut renoncer à transmettre des données scientifiques à cause d'une panne du système de communication alors qu'elle survolait Vénus en février 1966 sans fournir d'information sur l'environnement planétaire.
Peu après, Venera 3 perdit également tout contact avant d'atteindre l'atmosphère, mais elle accomplit malgré tout une première : le 1er mars 1966, elle devint le premier objet artificiel à pénétrer dans l'atmosphère d'une autre planète et à s'écraser à sa surface, même si aucune donnée ne fut renvoyée.
Avec Venera 4, lancée en juin 1967, le programme soviétique connut un tournant majeur. Cette mission fut la première à descendre à travers l'atmosphère de Vénus et à renvoyer des mesures in situ sur sa composition, sa pression et sa température, révélant une atmosphère extrêmement dense dominée par le dioxyde de carbone bien avant l'impact au sol.
Peu après, les sondes Venera 5 et Venera 6, lancées au début de 1969, se succédèrent pour approfondir l'étude atmosphérique. Elles emportèrent des capsules parachutées dans l'atmosphère vénusienne et transmis des données pendant respectivement environ 50 minutes avant d'être détruites par les conditions extrêmes, confirmant la violence de l'environnement planétaire.
Venera 7, lancée en août 1970, marqua une étape historique car le 15 décembre de la même année, elle effectua le premier atterrissage en douceur enregistré sur une autre planète et transmit des données depuis la surface vénusienne pendant une vingtaine de minutes avant que les systèmes ne succombent à la chaleur et à la pression.
Les mesures indiquèrent des conditions de surface d'une hostilité extrême, avec des températures d'environ 475 °C et des pressions de l'ordre de 90 atmosphères. Venera 8 suivit en 1972, améliorant encore la qualité des données en mesurant les niveaux de lumière solaire et affinant les profils atmosphériques, confirmant les découvertes de son prédécesseur.
En juin 1975, les missions jumelles Venera 9 et Venera 10 furent lancées avec un objectif plus ambitieux : photographier la surface de Vénus.
Ces sondes combinèrent un orbiteur servant de relais de communication et un atterrisseur équipé de caméras.
À leur arrivée, elles renvoyèrent les premières images noir et blanc de la surface d'une autre planète, dévoilant un paysage rocheux et plat sous un ciel voilé, une percée technologique et scientifique majeure dans l'histoire de l'exploration planétaire.
Les missions Venera 11 et Venera 12, lancées en septembre 1978, étendirent les investigations sur l'atmosphère vénusienne et le comportement de ses couches externes.
Elles furent équipées d'instruments destinés à analyser les composants chimiques à différents niveaux d'altitude et, selon certaines interprétations scientifiques, fournir des indices sur l'existence potentielle d'éclairs ou d'autres phénomènes électriques au sein des épais nuages de Vénus.
Ces données complétèrent les modèles atmosphériques et aidèrent à contraindre les phénomènes dynamiques observés dans l'environnement planétaire.
Venera 13 et Venera 14, lancées à quelques jours d'intervalle en octobre et novembre 1981, furent parmi les plus sophistiquées des atterisseurs.
Elles prirent et renvoyèrent des images en couleur de la surface de Vénus et emportèrent des instruments d'analyse chimique du sol.
Les images révélèrent une surface rocheuse avec un ciel diffusé par une lumière jaunâtre, tandis que les analyses identifièrent des compositions proches de basaltes terrestres.
Ces missions fonctionnèrent plusieurs dizaines de minutes avant que les conditions extrêmes n'éteignent leurs systèmes, fournissant certaines des données les plus riches disponibles à ce jour.
Les dernières missions Venera, Venera 15 et Venera 16, lancées en juin 1983, disposaient d'orbiteurs équipés de radars à synthèse d'ouverture capables de percer les épais nuages vénusiens et de cartographier la topographie de la planète avec une résolution inédite.
Pendant près de deux années d'opérations, ces sondes produisirent des cartes détaillées d'environ un quart de la surface vénusienne, principalement autour du pôle nord, révélant des structures tectoniques et volcaniques jusque-là invisibles aux observations depuis la Terre.
Le système solaire par Christophe Prugnaud.
Par le même auteur : Le Franc Français - Les timbres de France de 1849 à nos jours.
Publié le 18/01/2026 - Mis à jour le 18/01/2026